(Critique) The Land of Hope de Sion Sono

Trop conventionnel pour du Sion Sono ?

Provoquée par un tremblement de terre, la fuite d’un réacteur nucléaire bouleverse la tranquillité d’une petite ville et de ses habitants…

PAROLE AUX ENRAGÉS

Les catastrophes de Mars 2011 s’étaient greffées à la dernière minute au projet Himizu, adaptation live d’un manga noir, dans lequel le réalisateur Sion Sono interpellait l’état de la jeunesse d’aujourd’hui dans un contexte aussi difficile. Sorte de cri du coeur violent et bruyant, le film placardait une volonté de conserver une once d’espoir, malgré tout.

Une réactivité surprenante par rapport à une actualité encore récente, qui concerne de nombreux autres réalisateurs – le plus souvent en indépendants – qui vont prendre leurs caméras pour parler d’une réalité à priori à peine visible dans les médias.

Et cette fois-ci, le cinéaste place cette réalité au coeur même de ce The Land of Hope, consacrant un film entier aux catastrophes et à leurs conséquences. Il est à noter que le film est une co-production internationale, avec notamment quelques petites distributeurs européens qui ont apporté des fonds pour concrétiser ce projet – les amateurs de cinéma Japonais devraient connaître le label anglais Third Window Films en particulier. Un support financier extérieur nécessaire pour permettre d’aborder un sujet pareil au Japon ?

Pour une fois, l’actrice Megumi Kagurazaka est surhabillée !

LE POIDS D’UN SUJET

Devant l’importance du sujet, Sion Sono s’efface. Inutile d’espérer retrouver la fureur ou l’outrance habituelle du bonhomme, il adopte une approche très classique, très formelle, pour suivre au plus près l’expérience traumatisante de ces habitants chassés de chez eux du jour au lendemain.

Mise en scène plan-plan, le cadre est fixe, et entre quelques rares plans séquences, le film se révèle aussi bien structuré visuellement que narrativement. Il s’agit plus que jamais de montrer l’impact direct d’une catastrophe nucléaire, en prenant trois couples différents, confrontés à des dilemmes particuliers.

Il y a ce vieux couple de paysans ayant toujours vécu au même endroit, un jeune couple sur le point d’avoir un enfant, et un autre jeune couple à la recherche de réponses. Si Sono peine à trouver un juste équilibre entre ces récits – certains personnages disparaissent pendant plusieurs longues séquences – il parvient à donner une image globale de la situation d’alors.

UN PAS À LA FOIS

Et c’est le point fort de ce The Land of Hope, qui montre des régions agricoles se retrouvant désertées, des autorités incapables de fournir la moindre explication, des évacuations forcées pour des habitants apeurés, des familles séparées, des décisions absurdes au niveau des évacuations – en dehors d’un périmètre de 20 km, tout va bien !

C’est aussi des médias qui s’engouffrent dans un optimisme naïf à défaut de savoir/pouvoir apporter des véritables réponses – des animateurs qui veulent faire sourire les gens parce que ça va pas fort, c’est le moins qu’on puisse dire. Ou encore des gens qui développent une profonde peur pour les radiations ou les évacués, avec tout ce qui touche à l’alimentation et à la maternité.

C’est extrêmement riche, sachant que le film nous embarque même dans des villes désertes complètement abandonnées. Le genre d’images venant apporter un soudain rappel à la réalité.

Tout perdre du jour au lendemain (ici, l’acteur Isao Natsuyagi)

DEBOUT LA DEDANS !

Mais si Sono se réveille par certains instants, retrouvant temporairement l’inspiration pour aligner des séquences cauchemardesques qui reflètent une peur/paranoïa, dans l’ensemble le film présente une situation critique plus qu’autre chose. C’est une représentation dans ses grands problèmes de ces catastrophes.

Une mise en image peu inspirée qui croule sous le poids et la richesse du sujet – puisqu’il est question de politique intérieure, de gestion de crise, de propagande, de transformation économique et culturelle. Autant de points qui nécessitent une mise en perspective avec un véritable parti-pris de metteur en scène, là où Sono se met en retrait. Flirtant par moment avec le mélodrame familial pleurnichard, sobrement accompagné par une (véritable) bande son, tout en faisant l’éloge de la puissance de l’individu et de l’amour.

À RETENIR

The Land of Hope est une introduction intéressante aux catastrophes de Mars 2011 au Japon, donnant un aperçu des enjeux de la situation. Mais, le film manque d’ampleur avec un cinéaste qui opte pour un traitement très calme & conventionnel, réussissant malgré tout à s’enliser dans du drame trop long (2h13 min !). Reste quelques petites idées autour de la paranoïa et des transitions bien trouvées – l’abattage.

  • La note : Moyen
  • Sortie Française : 24 Avril 2013 (Cinéma)



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