Revue de presse : Detective Dee

Presque 6 années après Seven Swords, Tsui Hark revient dans les salles françaises (sur 146 copies) couvert de louanges par la presse cinéma, qui salue quasiment à l’unanimité ce Detective Dee. Tous les ingrédients sont là pour en faire un succès populaire ?

Tsui Quoi ? Pour certains papiers, le film signe un début de (re)découverte d’un cinéaste hong kongais s’étant fait éclipsé par un Johnnie To ou un Wong Kar-wai auprès du public français. C’est le cas de Télérama qui dit du cinéaste qu’il “reste méconnu [ici], alors qu’il est un pilier là-bas”. Ailleurs, Le Monde présente Tsui Hark comme “une figure centrale du cinéma de genre de Hongkong depuis une trentaine d’années. C’est génie, mais cela se sait trop peu”. Quand Libération précise qu’il est le “comparse hongkongais de John Woo”, Et pour d’autres, comme Les Inrocks, Hark est tout simplement le “dieu du cinéma d’action hongkongais”. Hors des formules vite balancées, Slate prend le temps de présenter le cinéaste et ses films en vue de comprendre ce Detective Dee.

Critique en marche. Un film jugé “efficace” chez Excessif, avec un “Tsui Hark au sommet de sa forme” pour Libération, tandis que Le Monde voit en Detective Dee une oeuvre ayant la capacité de rassembler, tant les genres que le public. L’Express résume, “une grosse production digne de l’âge d’or du cinéma de Hongkong (…) du grand cinéma pop-corn à la sauce aigre-douce”.

Pour autant, la nuance arrive avec Le Figaro, qui pointe un film “moins cérébral que spectaculaire, lesté de sous-entendus historiques et idéologiques aussi peu clairs que le sous-titrage de certain dialogues”. En fait, “un film d’aventures [qui] laisse un goût d’inachevé”. Plus enthousiaste, Chronic’art parle d’un “film torturé”, car “tout en dérapages et en contrastes, trop boursouflé pour une série B (2h20), trop dérisoire pour une fresque”. Une oeuvre à la “logique d’indétermination”.

Vieilles habitudes. L’aspect divertissement du film semble contrarier quelques critiques. Le Monde précise que sans “la prestance des acteurs, l’ambiguïté des rapports entre les personnages, l’inventivité formelle, l’envoûtante beauté du film”, le film serait un “divertissement juvénile”. En clair, si tout ce qui fait Detective Dee n’existait pas, ce ne serait pas Detective Dee (comme dirait l’autre, “Coïncidence ? Je ne pense pas”). Son de cloche similaire au Figaro, “des séquences d’une poésie stupéfiantes succèdent à des scènes à la limite de la puérilité”. L’affirmation étant laissée sans explication…

Mise en scène. Du côté de Positif, Tsui Hark “est parfaitement à son aise dans cet univers un peu baroque, donnant libre cours à son imaginaire et se jouant du réalisme”. Amenant Les Inrocks à constater que “rarement en effet le cinéma contemporain parvient à offrir une telle plénitude de moyens, un tel bouillonnement formel et narratif sans que jamais l’on n’en ressente le poids”. Sur une longue d’onde similaire, Le Monde ajoute que “la manière dont la mise en scène recoupe les enjeux esthétique et politique” est “remarquable”.

En parlant de la réalisation de Tsui Hark, Excessif remarque qu’il y a “moins de confusion visuelle (pas de décadrage, ni de découpage heurté) pour plus de lisibilité mais autant d’énergie, d’expressivité et de mouvements” que dans les précédents films du cinéaste. Ce qui fait dire à Première, “débarrassé de ses redoutables défauts, le cinéaste ne propose ici que le meilleur”.

L’ombre de la république populaire. Et comme d’habitude avec les grosses productions chinoises existant avec l’accord du régime en place, certains aspects du récit interpellent. Comme Positif qui rappelle qu’à côté d’une “soumission au pouvoir, [d'une] forte identité patriotique”, le film embrasse aussi l’idée que “tout cheminement vers le pouvoir, s’accompagne de l’acceptation du meurtre des proches”. Même sentiment pour Le Monde qui souligne une “puissante fable politique sur la Chine contemporaine”. Tandis qu’Excessif considère que Tsui Hark “tire l’enquête policière vers le ballet cosmogonique dans une Chine en chaos à la recherche d’un équilibre impossible”.

Par contre, la lecture est différente aux Inrocks, qui parle d’un récit finissant par “livrer sa sève féministe”. Tout en ayant précisé aupavarage qu’il serait tentant de “lire Detective Dee à l’aune du récent parcours de Tsui”. Dans un autre genre, Libération parle d’une histoire à la “modernité résolument optimiste”, considérant que les siècles suivant le récit du film verront “la poursuite du progrès, de l’intelligence et de la paix” Pour Télérama, “l’univers fabuleux” du film permet (???) le “délire d’interprétation”, avec une Impératrice qui serait une “allusion à Mao Zedong” ou encore un Bouddha géant qui ferait penser à “la chute du World Trade Center”.

Detective Hark. Enfin Excessif perçoit dans Detective Dee un “signe de plénitude pour un cinéaste désormais serein”. Une conclusion cousine chez Les Inrocks, qui prenent le “marteau du juge” pour mieux expliciter à quel point ce film s’impose comme “l’équilibre incarné” au milieu de la filmo du cinéaste. Impression différente chez Chronic’art, “sur le fond Hark semble avoir rendu les armes” en raison d’un “un système qui le fragilise depuis dix ans”. Pour autant, “il a toujours la forme”.

En bonus, la chronique vidéo d’Opération Frisson ;



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