(Critique) 13 Assassins de Takashi Miike

Takashi Miike. Samouraïs. Bain de sang.

Complètement fou, le frère du Shogun menace la stabilité du régime féodal. Alors dans l’ombre, le conseiller du Shogun fait appel à un samouraï pour organiser l’assassinat de cette figure dérangeante.

RETOUR VERS LE PASSÉ

Interrogé sur l’idée de faire un remake, Takashi Miike répondait par “peut-être que les anciens films japonais possédaient plus d’énergie, qu’ils étaient bien plus intéressants que les films produits aujourd’hui (…) En terme de réalisation, nous avons perdu la main au cours des dernières decennies, d’où le sentiment qu’en essayant de faire un film à la manière d’autrefois, on pourrait y apprendre, y gagner quelque chose.”

Et vu le résultat de ce 13 Assassins, Miike vise juste sur plusieurs points. Déjà, en terme de réalisation, loin d’une esthétique télévisuelle à la mise en scène limitée mais tellement commune aujourd’hui, le cinéaste retrouve par instant le formalisme nippon d’antan. Comme jouer avec des éléments du décor pour construire un cadre, dans lequel faire évoluer visuellement les discussions et leurs enjeux. Notamment dans la première partie du film, où Miike s’applique à réadapter des plans du film d’origine (jusqu’aux idées de montage).

DU MIEUX ET DU MOINS BIEN

Ensuite, ce remake parvient à corriger certains défauts du film original. Avec une clarification très nette d’un récit qui apparaissait plutôt bordélique, avec une caractérisation améliorée de plusieurs des assassins, et surtout, d’un élagage dans la partie préparatoire du récit pour mettre en avant le massacre final, qui s’étale ici sur près de 45 minutes. Sachant que l’excès à la Miike s’inscrit autant dans la durée interminable de ce combat que dans une effusion de sang qui débutera vraiment dès les premières difficultés rencontrées par les 13 samouraïs.

Mais ces quelques modifications sont à nuancer. Parce qu’à vouloir simplifier l’intrigue, Miike tend aussi et surtout à surexpliquer des enjeux, entre le carton introductif et les noms/fonctions des personnages imprimés à l’image. Tout comme les éléments symboliques ou détails clés qui seront surlignés par des dialogues lourds, alors que tout était très clairement compréhensible à l’écran (le seigneur shootant dans la tête d’un de ses serviteurs morts).

LE SAMOURAÏ POUR LES NULS

Cette absence de finesse, c’est aussi un parti-pris manichéen qui écrase radicalement toute l’ambiguité tragique du film original. Lequel pointait l’absurdité du régime féodal dans sa globalité. Là, où Miike amène lourdement une réflexion sur la condition de samouraï, en profitant du contexte paisible de l’époque pour bien pointer le fardeau d’une figure guerrière désormais inutile.

En fait, un traitement très premier degré et outrancièrement explicité, dès que possible, qui tranche très nettement avec le subtil jeu des valeurs & codes proposé dans la version de 1963. D’ailleurs, le ton froid et calculateur du pouvoir est ici remplacé par un flot d’émotions présentant la mission suicide comme intrinsèquement Juste. Face à un seigneur cruel et sadique, forcément à abattre pour conserver la paix. Avec des samouraïs heureux de mourir comme de vrais guerriers…

LA VOIE DU NÉANT

13 Assassins est un remake vain baignant de bonnes intentions, un brin maladroit et réducteur quant à la possibilité et l’ambiguité géniale du propos original à questionner l’ensemble d’une société et son système de croyance. Miike délivre un énième chant du cygne du chambara, influencé par la rigueur formelle du film original qui n’arrive pourtant pas à chasser les vilains tics d’assistance excessive du spectateur à base de surexplications. Décevant.



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