Revue de presse : City of Life and Death


Snobé à Cannes ’09 mais recompensé dans plusieurs des festivals où il a été présenté, City of Life and Death débarque finalement dans 7 salles parisiennes (?!?!). Facilement qualifiable de “Requiem pour un massacre” chinois, c’est clairement l’immanquable asiatique de cette année 2010 (j’en disais déjà du bien fin Juillet ’09, trop d’avance tue l’avance ?).

Mise à part une perle (heureusement), la critique salue unanimement ce film. Et c’est intéressant de constater l’importance donnée au contexte historique, sachant que c’est exactement ce point que l’affiche française met en avant.

• Le Figaro

Un drame puissant, qui a le souffle épique d’un film de Kurosawa. Une grande fresque vertigineuse tournée en noir et blanc. Guerrière tout en étant intimiste. Elle s’achève 2h15 plus tard sur une danse rituelle japonaise dans un Nankin en ruines. Le son des tambours résonne encore dans nos têtes.

• C’est “époustouflant” pour L’Express

… On aurait pu craindre un objet de propagande revancharde. Il n’en est rien. Jamais. City of Life and Death est juste un film anxiogène d’une ampleur démesurée, baignant dans une esthétique de cendres et un formalisme russe époustouflant. Et Lu Chuan de se retrouver tout en haut de la liste des cinéastes à suivre.

Le Monde, plus nuancé :

[L]es efforts si clairement visibles pour répondre à des sollicitations de tous ordres – politique, historique, esthétique – font que City of Life and Death ne peut être plus qu’un document passionnant. Il rappelle un épisode que certains, au Japon, voudraient voir effacé, et donne une idée de l’état de la mémoire historique en Chine. Mais il ne suscite pas d’autre émotion que la désolation qui vient à la vue d’un monument aux morts.

• “Un grand film de guerre chinois” d’après Les Echos

[Le film] mérite sans doute une place au Panthéon des grands films de guerre. (…) En suivant le destin de plusieurs acteurs de cette tragédie, Chuan Lu touche à la vérité des sentiments, courage, lâcheté, cruauté, perversité, angoisse, folie, esprit de sacrifice.

Fluctuat titre “Voyage au bout de l’enfer” (cinéphile ?).

Ce que j’aime bien avec certaines critiques, c’est cette facilité d’utiliser un “on”, un “notre” fédérateur qui ne représente en fait, rien. Par exemple faire appel à “notre longue tradition critique” pour justifier un “embarras relatif mais ressenti” devant le film. C’est vrai qu’il y a besoin d’une “tradition critique” pour expliquer un sentiment humain devant l’horreur du film.

Bref, la “gêne”, “l’embarras” s’expliquent de façon cinéphile (Spielberg, Kobayashi, Haneke). Ce qui évite peut-être d’avoir à interroger la question humaine réduite ici à “une perspective morale” dont on ne sera pas grand chose. Dernière remarque, notez le “dangereusement” de l’extrait ;

… le récit ne trouve toutefois pas toujours l’épaisseur nécessaire. La faute à une longue mise en place dispersant des personnages qui peinent à être saisis – quand ils ne sont pas assujettis à une idée. Ou encore à un développement qui sur la durée glisse dangereusement vers le Schindler de Spielberg. Le film prend le parti de coller à ces atrocités, frontalement, froidement, procédant à une monstration longue, répétitive, presque mécanique et silencieuse, au risque de la nausée par accumulation.

Premiere

Soucieux de la vérité des hommes et porté par une puissance picturale énorme, le film évite les écueils et s’impose comme un monument de cinéma humaniste comparable à Requiem pour un massacre d’Elem Klimov.

Télérama

… le troisième film de Lu Chuan apparaît autant comme une salutaire piqûre de rappel que comme une tentative d’apaisement. (…) Au-delà du témoignage historique, la reconstitution impressionne par la puissance de sa mise en scène, qu’on soit au bord de l’abstraction, ou au coeur de l’humain et des sentiments les plus extrêmes.

Positif

City of Life and Death tente, et réussit, une mise en perspective, avec la volonté de ne pas affronter deux blocs mais de montrer que chacun peut avoir des failles, même si, officiellement, elles ne sont pas reconnues.

En complément à tout ça, allez voir cet entretien avec le documentariste spécialisé Michael Prazan.



comments powered by Disqus